Aller au contenu
Manalas et chocolat chaud : le petit déjeuner du 6 décembre Visuel d’illustration

La Saint-Nicolas, un avant-goût de Noël dans l’Est et le Nord

· 13 min de lecture

Trois semaines avant le réveillon, une autre fête ouvre déjà le bal. Le 6 décembre, la Saint-Nicolas fonctionne comme un avant-goût de Noël dans l’est et le nord de la France : premiers défilés, premières lumières, première gourmandise glissée dans un cartable. Dans les foyers de Lorraine, d’Alsace, du Nord et jusqu’en Belgique, cette date compte presque autant que le 25 décembre lui-même, et parfois davantage. Cette page rassemble ce que cette journée recouvre, des manalas encore tièdes aux cartes échangées entre écoliers, en passant par une querelle de prononciation qui divise l’Alsace depuis des générations, sans reprendre en détail ce qu’un autre pilier du site raconte déjà sur la légende et le Père Fouettard.

Le 6 décembre, une répétition générale avant Noël

La comparaison n’a rien d’exagéré. Dans la région Grand Est, les vitrines des boulangers se garnissent, les premiers marchés ouvrent leurs chalets, et les enfants apprennent en classe la chanson qui raconte l’origine de la fête. Une bonne partie de ce qui reviendra en plus grand pour Noël se joue une première fois ici, à échelle plus modeste : les lumières sur les façades, les effluves de pain d’épices dans les rues commerçantes, les premiers parfums de vin chaud aux abords des chalets, les cortèges qui rassemblent petits et grands sur les trottoirs. Certaines communes allument même leurs illuminations de rue à cette occasion, plusieurs semaines avant la date officielle du grand week-end de Noël.

Le soir du 5 décembre, les enfants lorrains et alsaciens posent leur petit soulier devant la cheminée ou la porte d’entrée, comme ils le referont pour Noël trois semaines plus tard. Au matin, clémentines, chocolats et parfois un manala les y attendent, avant le départ pour l’école. Cette avance sur le calendrier ne s’arrête pas à la frontière lorraine ou alsacienne : le Nord et le Pas-de-Calais célèbrent aussi ce jour à leur manière, tout comme la Belgique voisine, où Saint-Nicolas reste une figure centrale du début décembre. Au Luxembourg, la fête existe aussi, portée par les mêmes racines germaniques que ses voisines. Le 6 décembre trace ainsi une bande géographique cohérente, du cœur de la Lorraine jusqu’aux plaines du Nord et à la Belgique, où grandir sans connaître Saint-Nicolas relève presque de l’exception.

Une légende macabre, en résumé

Le récit fondateur ne fait pas dans la demi-mesure. Trois enfants perdus dans la nuit frappent chez un boucher, qui les tue, les découpe et les met au saloir. Nicolas passe des années plus tard, réclame le petit salé, démasque le crime et ramène les enfants à la vie d’un simple geste au-dessus du tonneau. Le fond macabre n’est pas un accident de transmission : c’est ce qui a permis à l’histoire de traverser les siècles sans s’essouffler dans la mémoire des enfants, à la différence de contes plus lisses vite oubliés une fois l’Avent passé. Un boucher, un saloir, une résurrection : la mécanique du récit tient en trois images fortes, faciles à retenir et à raconter à son tour, d’une génération à l’autre.

La morale, elle, reste limpide malgré la noirceur du décor : le mal est puni, l’innocence protégée, et la bonté finit toujours par l’emporter. C’est sans doute pour ça que le récit continue de se transmettre en chanson, à l’école et en famille, plutôt que par un texte figé dans un livre. Les paroles défilent d’ailleurs à l’écran dans cette version filmée.

La légende de Saint-Nicolas, avec les paroles à l’écran.

Pour lire la légende dans son intégralité et ses variantes régionales, la page consacrée à la fête de Saint-Nicolas sur Wikipédia détaille le récit au-delà du refrain. Nicolas de Myre, sa relique arrivée à Bari puis à Saint-Nicolas-de-Port, et son ombre sombre le Père Fouettard né au siège de Metz en 1552 : le pilier consacré à la légende de Saint-Nicolas et au Père Fouettard reprend tout ça en détail, grands défilés lorrains compris.

Le manala, la brioche qui ouvre les festivités

Les manalas (ou mannele, selon le département) sortent des boulangeries dès la fin novembre.
Les manalas (ou mannele, selon le département) sortent des boulangeries dès la fin novembre.

Impossible d’évoquer le 6 décembre sans ce petit bonhomme en brioche. Les yeux marqués de raisins secs ou de pépites de chocolat, le manala se déguste au petit déjeuner, accompagné d’un chocolat chaud qui réchauffe avant l’école. Les boulangeries d’Alsace en garnissent leurs vitrines dès les derniers jours de novembre, aux côtés d’une brioche nature qui côtoie désormais des versions tout au chocolat, plus sucrées et très demandées des enfants. La forme elle-même n’a rien d’arbitraire : bras croisés ou le long du corps, tête ronde bien marquée, le petit bonhomme se reconnaît d’un coup d’œil sur l’étal, entre les couronnes et les bredele. Sous la croûte dorée, la mie reste moelleuse et légèrement sucrée, pensée pour se manger tiède, à peine sortie du four ou réchauffée quelques minutes avant le départ pour l’école.

Les écoles maternelles et primaires en distribuent souvent une le matin du 6 décembre, sans façon particulière, juste un rituel de saison partagé par toute la classe. Beaucoup de familles préfèrent aussi la pétrir elles-mêmes, en confiant aux enfants la pose des yeux avant la cuisson : la pâte se façonne en bonhomme sans grande difficulté, et le résultat compte plus que la perfection de la forme. Le pilier dédié au manala détaille sa recette complète et les bonnes adresses où en trouver sur les marchés. Les enfants le glissent volontiers dans une poche à côté d’une part de bredele, ces petits biscuits qui accompagnent tout l’Avent alsacien.

Mannele ou manala ? la querelle qui anime l’Alsace

Reste une question qui met les Alsaciens en désaccord, et pas qu’un peu : comment s’appelle au juste ce petit bonhomme ? Dans le Bas-Rhin, du côté de Strasbourg, on dit mannele, ou männele avec le tréma. Dans le Haut-Rhin, du côté de Mulhouse, on dit manala. Chaque camp reste convaincu d’avoir raison, et la discussion peut s’animer à table entre convives venus des deux départements, chacun défendant sa version sans vouloir céder d’un pouce.

En réalité, c’est la même brioche sous deux prononciations dialectales, héritées de deux traditions locales de l’alsacien : mannele au nord, manala au sud, sans qu’aucune des deux versions ne soit plus légitime que l’autre. Les deux mots partagent d’ailleurs la même racine, celle de « Mann », l’homme en alsacien, simplement adoucie par un diminutif différent selon le terroir. La coutume remonte au XVe siècle, et le symbole reste débattu lui aussi. Pour certains, la silhouette représente l’évêque Nicolas ; pour d’autres, elle rappelle les trois enfants du saloir ramenés à la vie. Croquer un manala revient, dans les deux cas, à rejouer la légende à sa façon, quel que soit le nom qu’on lui donne au moment de le partager en famille. Hors d’Alsace, la plupart des gens ignorent même qu’un tel débat existe : la brioche s’appelle simplement « le petit bonhomme de Saint-Nicolas », sans que personne ne s’interroge sur la version bas-rhinoise ou haut-rhinoise du nom.

Dans le Nord, les cartes de Saint-Nicolas entre garçons

Dans le Nord, les garçons s’échangent des cartes de Saint-Nicolas, comme les filles à la Sainte-Catherine.
Dans le Nord, les garçons s’échangent des cartes de Saint-Nicolas, comme les filles à la Sainte-Catherine.

Le Nord et le Pas-de-Calais cultivent leur propre version de la fête, moins spectaculaire que les grands défilés lorrains mais tout aussi ancrée dans les habitudes locales. Là, ainsi que dans la Belgique toute proche, le 6 décembre est aussi le jour où les garçons s’échangent entre eux des cartes de Saint-Nicolas, à l’école ou en famille. Le principe reste simple : un dessin, un mot, une carte tendue entre camarades, sans grand cérémonial ni mise en scène particulière. Certaines écoles en font un petit temps collectif, d’autres laissent l’initiative aux enfants eux-mêmes, au gré des amitiés de classe.

Cette coutume répond à celle de la Sainte-Catherine, célébrée le 25 novembre, où les filles, les fameuses Catherinettes, s’échangeaient leurs propres cartes. Les deux fêtes se répondent ainsi à quelques jours d’intervalle : aux filles la Sainte-Catherine fin novembre, aux garçons la Saint-Nicolas début décembre, chacune avec son rituel de cartes glissées dans les cartables du Nord. Ici aussi, le 6 décembre s’installe avant l’heure, sur un mode plus discret que les grands cortèges lorrains, mais avec la même idée d’un rendez-vous qui précède et annonce Noël. La carte elle-même reste modeste : un dessin colorié en classe, un mot griffonné, parfois glissée dans le cartable d’un camarade sans même attendre de réponse en retour.

Ce que tu trouveras sur les marchés de Noël ce jour-là

Saint Nicolas en tête du cortège, crosse en main, dans une ville de l’Est.
Saint Nicolas en tête du cortège, crosse en main, dans une ville de l’Est.

Le premier week-end de décembre, les marchés de l’est prennent souvent des allures de fête à part entière. Les cortèges de Saint-Nicolas défilent en musique dans plusieurs villes, chars illuminés en tête, et le Père Fouettard s’y glisse en silhouette sombre, martinet à la main, pour jouer son rôle de repoussoir face au saint. Le marché de Noël de Nancy vit ces journées avec le plus d’ampleur, entre chars illuminés et fanfares, tandis que le marché de Noël de Strasbourg et le marché de Noël d’Épinal prolongent chacun la fête sur leurs places respectives, à leur échelle. Plus au nord, le marché de Noël de Lille baigne dans une ambiance proche de celle des Flandres voisines, où les cartes de Saint-Nicolas circulent déjà entre les stands et les cours d’école.

L’ambiance de ces journées tient autant aux odeurs qu’aux décors : bois brûlé des chalets, sucre chaud, épices qui montent des étals à mesure que le froid s’installe. Sur ces étals, quelques classiques reviennent d’un marché à l’autre, avec une couleur locale propre à chaque ville :

  • Manalas et mannele, vendus tièdes dès l’ouverture, parfois proposés avec un gobelet de chocolat chaud à emporter.
  • Pain d’épices, souvent illustré d’une image issue de la tradition d’Épinal, en tranche ou en cœur.
  • Bredele et petits biscuits de l’Avent, présentés en sachets ou vendus à la pièce sur les étals.
  • Clémentines et papillotes, héritage direct du petit soulier laissé la veille au soir.

Rien n’empêche de caler une visite sur ce premier week-end de décembre, quand les cortèges défilent et que les chalets sont encore neufs de la saison, avant que la cohue des dernières semaines avant Noël ne s’installe.

Un avant-goût, pas un remplacement

La Saint-Nicolas ne cherche pas à concurrencer Noël, elle le précède et lui prépare le terrain. Un enfant lorrain ou alsacien vit ainsi deux fêtes distinctes à trois semaines d’écart : l’une portée par un évêque du IVe siècle et sa légende macabre, l’autre par un grand-père en traîneau venu d’un tout autre folklore. Les deux cohabitent sans se marcher dessus, chacune avec son décor, ses friandises et ses chants propres, et personne ne semble s’en plaindre.

C’est peut-être ce qui explique pourquoi le 6 décembre garde, encore aujourd’hui, sa place à part dans le calendrier de l’hiver : ni doublon de Noël, ni simple prétexte commercial, mais un rendez-vous à lui seul, entre un boucher repenti, un petit bonhomme en brioche et des cartes glissées dans un cartable. De quoi patienter, le sourire aux lèvres, jusqu’au vrai grand soir.

Où dormir près des marchés cités

Les disponibilités chez nos partenaires, ville par ville.

LilleStrasbourgNancyÉpinal

Relu et validé par la rédaction

Notre méthode de vérification

Une question, une erreur, un problème sur cette page ? Écrivez-nous
Ce champ n’est utilisé qu’à des fins de validation et devrait rester inchangé.
Motif(Nécessaire)

Votre adresse ne sert qu’à vous répondre. Détails dans notre politique de confidentialité.

Carte des marchés de Noël